MISTER "JAZZ BLANC"

Immédiatement, Roger nous assomma, comme ça, sans prévenir : « Le jazz, affirma t-il, sans l’ombre d’un sourire, fut inventé par des blancs. Les noirs n’ont fait que copier ! » ( Là, il était tellement excité que de la mousse blanche se formait à la commissure de ses lèvres, vision particulièrement répugnante , surtout à table !)

Ma femme me regarda en haussant légèrement les épaules ce qui signifiait : « Tu crois qu’il est sérieux où il est encore plus con qu’il en a l’air ? »

Je lui répondis en levant les yeux au plafond, ce qui veut dire : « T’inquiète..ce type est tout simplement taré , c’est bientôt l’heure de lever le camp ! »

Depuis ce soir-là, d’ailleurs, nous lui collâmes en douce le sobriquet de « Monsieur jazz blanc »

Et pour ce qui est de la pêche, le lascar, pour sûr, était un fanatique. N’importe quelle pêche. Au coup, au lancer, à la mouche. En fait, la pêche à la mouche, il n’y connaissait absolument rien et, lorsque mon compère Pascal lui donna les premiers rudiments de cette technique, le lendemain, » jazz blanc » non seulement avait ouvert une école de pêche à la mouche ( authentique ! ) mais en plus prétendait donner de leçons au Pascal qui n’en est toujours pas revenu. Il était comme ça l’animal. Ajoutons au tableau que l’ idée du  » no kill », fallait pas lui en parler et si aujourd’hui les fameuses grosses perches qui abondaient dans la rivière, ne sont plus qu’un lointain souvenir, nous le devons à « jazz blanc » et à ses seaux remplis à raz bord de ces magnifiques poissons.

Et puis, l’année dernière, sans prévenir, « jazz blanc » a cassé sa pipe. Comme ça : paf ! Plus de « jazz blanc ».

Et là, je dois vous avouer une chose qu’encore aujourd’hui j’ai du mal à expliquer. Souvent, quand je me retrouve au bord de la rivière, tout seul, à patauger, eh bien, vous ne me croirez pas, mais « jazz blanc » me manque.

Drôle de truc que l’amitié, non ?