C’était notre virée, avec Oli on avait décidé d’aller faire »L’Ouverture » là-bas, chez moi, dans l »Aveyron, une sacrée tirée pour nous, les Parisiens. Une vraie expédition, pas beaucoup d’autoroute, des vieux iPods avec des chansons et surtout l’amitié, ce truc incroyable qui fait que les voyages les plus longs sont agréables. Depuis tu es parti et tu me manques souvent. Heureusement, sur les murs de la maison il y a tes tableaux, avec ta signature Oli Person et puis nos souvenirs, comme celui-là, nos parties de rigolades, nos discussions jusqu’à l’aube. Tous ces souvenirs, là, Oli, ils font partie de moi. Merci d’avoir été mon pote pendant ces formidables années, où nous n’avions qu’une idée : nous amuser ! Et pour te rendre hommage, voici ce qu’on avait mis sur Le Mouching en 2008 !
Fais briller les soies ! on part le 23 ma poule ! Le coffre sera plein de rillettes, pains de campagne, saucisson de l’Aveyron et une belle tranche de Laguiole bien jaune !
Les rillettes seront de cochon ! L’oie ou le canard, c’est pour les chapeaux à plumes !
Tu vois, mon cher Oli, comme le bonheur est parfois si simple que l’on en oublie d’aller le chercher.
Affute tes hameçons et coiffe tes mouches !
Nous dormirons du sommeil du juste.
Nous allions tellement vite, que le son ne nous est pas parvenu aux oreilles, mais qu’il a rebondit sur la lunette arrière de ma fougueuse R16 et nous est arrivé avec un léger décalage.
Par le pare-brise, le paysage défilait à toute berzingue, ça et là des tas de neige sur les parties exposées au Nord, nous filions vers Paris et la radio gueulait “Bright Lights, Big City”…
Rien n’avait plus d’importance, j’avais en bouche le bon goût des pieds de porc, j’étais heureux.

Ensuite, guirlandes de saucissons, colombins de boudins, tortillons de saucisse, tout filait dans la cheminée et on lavait les grandes dalles en pierre du sol avec de l’eau bouillante, c’est dans ces nuages de vapeurs que les jambons, la vendreche et le lard prenaient le chemin du saloir.
Dans le ciel bleu du matin, une buse tournait à la recherche d’un mulot, curieux de ces premiers jours du printemps. Nous glissions sur le bitume traversant l’Aubrac dans un feulement, le moteur ronflant en dessous de 4000 tours minutes. Je ne pense plus à rien. “Oli”, qui a son tour à senti les relents du pied de cochon, me dévisage. Sous mes ray-bans je ne moufte pas, je monte le son de l’auto radio, nous seront à Paris dans moins de six heures. La vie est belle.

