– Évidemment, mon ami. Ils possèdent une cervelle comme toi et moi, une bouche, des oreilles, un cœur, ils chient et pissent et baisent comme tous les êtres humains, non ? Et pourquoi ne feraient-ils pas de la politique ? Comme nous ! Lorsqu’ils sont élevés dans une famille de gauche, ils chopent des idées de gauche. Et de droite quand leur famille est de droite !

– Tiens, j’avais jamais pensé à ça … Oui… pourquoi pas après tout ?
– Par exemple, François, tu connais le Daniel. R., celui qui a une pisciculture sur le plateau vers Valgorges. Et bien c’est un type de gauche, non ?
– Oui, c’est vrai, c’est connu.
– Eh bien, ses truites doivent normalement être de gauche. La même chose pour la pisciculture d’Hervé, de l’autre côté de la montagne. Lui, est de droite et ses poissons également. C’est sûr ! Tiens François, allons à la pêche ensemble tu vas t’en rendre compte par toi-même !
Une demi-heure après, Cyril, François et moi étions au milieu de la rivière, tous munis de canne à mouche.
je capturais (avec difficulté) une première truite que je montrais à François. Cyril, ancien ventriloque professionnel au Cirque de Gavarnie, se tenait derrière nous.
Je fis semblant de m’adresser à la truite :– Vous êtes de droite ou de gauche ?
– De gauche, me répondit la truite (Cyril connaissait encore tellement bien son ancien métier de ventriloque que l’illusion que la truite me parlait était parfaite !)
– Eh bien, si vous êtes de gauche, prouvez-le moi !
Et la truite (Cyril) se mit à chanter : « C’est la lutte finale… » A LA PERFECTION !
François écarquillait ses yeux de merlan frit.
La seconde truite que je capturais, je lui fis avouer qu’elle était de droite et Cyril lui fit chanter : « Maréchal, nous voilà…! » »
– Ah! merde alors, fit François, j’aurais jamais cru !
Et puis, hier, au café du commerce, François, Cyril et moi dégustions notre apéro favori quand, je proposai à François d’aller à la pêche cet après-midi.
– Désolé, Flèche, j’ai décidé d’arrêter la pêche.
– Quoi, t’es pas un peu dingue, on s’amuse tellement tous les trois au bord de l’eau. Et pourquoi tu arrêtes ?
– Je me remets au vrai sport.
– Et c’est quoi ton sport ?
– Le ping-pong. Au moins, les balles de ping-pong ne font pas de politique. Tout ce qu’elles disent c’est « ping » et puis « pong ». On est tranquille !!
Pas si fêlé du bulbe, le François. Il venait de nous battre à notre propre jeu et il se marrait comme un bossu à voir notre tronches hébétées.
Chapeau bas, François Sardi !

