C’est l’hiver et on se fait chier à cent sous de l ‘heure… Dans la vallée, je regarde la pluie tomber gonflant la rivière, va-t’elle encore déborder ? La dernière fois, on s’est retrouvés coincés et on a du attendre pendant trois jours la décrue pour sortir la voiture et donc avoir accès à la civilisation. Plus haut, quand il y a une éclaircie, je vois les monts d’Aubrac couverts de neige. Bref, c’est l’hiver et il n’y a rien à foutre. Bien entendu je pourrais monter des mouches comme un stakhanoviste, mais je suis nul en la matière (remarque je pourrais ainsi m’améliorer…) ou alors mater des séries mais comme les trois quarts ne diffusent qu’un épisode par semaine et que je déteste la frustration… Donc, je suis allé à ma boutique favorite « l’épicerie du Trou » acheter du fromage, des poireaux et du pâté. Mais, cette épicerie à une particularité (outre les meilleurs produits aveyronnais) ils ont un rayon librairie ! Et là, m’attirant l’œil, pratiquement me tendant les nageoires, il y avait ce livre de John Gierach que je n’avais pas lu : Sur la tombe du pêcheur inconnu. Gierach m’a toujours fait un drôle d’effet, j’aime ses histoires mais je n’aime pas trop la manière avec laquelle il écrit, « nous partîmes »… « nous allâmes »… peut-être est-ce une question de traduction. Mais là, au cœur de l’hiver, j’ai décidé de m’en foutre et de me plonger dans ces récits qui font ce livre. J’ai oublié la neige sur l’Aubrac, j’ai oublié la rivière qui gonfle avec ses eaux marrons, j’ai plongé dans ce livre comme au milieu d’un banc de truites et mon esprit à cavalé dans les rocheuses, c’était moi qui vivait les aventures que je lisais ! J’étais là, la canne à la main a pêcher les arcs dans des décors de rêves, je sentais l’air des montagnes et la chaleur de l’été, le goût du café infecte et l’odeur de l’Amérique qui n’est pas celle que je lis dans la presse aujourd’hui. Un putaingue de bouquin, qu’il vous faut absolument entre vos mains !


