Un beau jour, je reçu une visite dans mon confessionnal d’un individu (appelons le Gaspard pour garder son anonymat) bien connu dans la région pour être un des meilleurs pêcheurs de ces délicieux petits poissonnets. Le Gaspard, la voix cassée par l’émotion me tint ces propos.
-« Vous le savez certainement monsieur le curé, je suis un bon chrétien, n’ai jamais manqué une messe du dimanche et consulte mon missel plus souvent que Télérama. Aujourd’hui, je me trouve en plein désarroi. Sans forfanterie , j’ai à mon actif de pêcheur, des succès colossaux (je viens même de payer à ma femme une nouvelle Clio diesel.) Jusqu’au jour d’avant-hier ou, en tirant mes filets chargés d’anchois, mon oeil fut attiré par une de mes prises. Une femelle, jeune, élégante, racée qui me regardait avec des yeux… mais des yeux… larmoyants, m’implorant de lui rendre la liberté car, me dit-elle, elle avait en charge sa vieille maman grabataire.
Là, je dois vous dire M. l’abbé que je fus touché au plus profond de mon être par l’ éloquente supplique et que, délicatement, je pris la petite anchois entre mes doigts et lui rendit la liberté accompagnée par une tonne et demie de ses congénères.
En l’espace d’un instant, ma décision fut prise . Jamais, au grand jamais, j’en fis le serment, je ne sacrifierai plus la vie d’un seul de ces malheureux animaux, même pour payer une bonne éducation à mes enfants ou jouer au tiercé. Ma décision fut irrévocable je deviendrais végétarien. Et aujourd’hui, je me nourris exclusivement des produits de mon jardinet. Est-ce un péché, monsieur le curé ?
« Allez en paix mon fils ! » C’est tout ce que je pu répondre à cet honnête homme.
Mais là où l’affaire se corse (comme le disait justement le regretté Tino Rossit) c’est que le Gaspard vint me voir la semaine dernière au confessionnal et m’annonça avec fièvre et tremblements: « Mon Dieu, protégez-moi, je viens d’assassiner une laitue de mon jardin ! »

